Marcher la Loire, lire le sol
Il m’arrive, en toutes saisons, de longer à pied les levées de la Loire entre Orléans et Ancenis. Au printemps, la gadoue lourde accroche mes semelles. L’été, elle craquèle, carbonisée par le soleil. Sous la mousse ou la craie, l’argile s’accroche, indétrônable. Ainsi se révèle, sans bruit, le secret des grands vins structurés du Val de Loire : une terre lourde, parfois ingrate au toucher, mais clé de voûte de la personnalité de nombreux crus de la région.
Pourquoi, sur les mêmes coteaux, deux vignerons tirent des expressions si différentes du Cabernet Franc, du Chenin ou du Gamay ? Bien sûr, l’exposition compte, la main aussi, mais bien souvent, tout commence au contact avec l’argile et sa manière de retenir l’eau, d’emprisonner la chaleur, de nourrir la vigne avec lenteur et constance.